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21 octobre 2013 1 21 /10 /octobre /2013 23:45

 

Momo

La Journée mondiale de l’alimentation 2013 a été célébrée le16 octobre, sous le thème «des systèmes alimentaires durables au service de la sécurité alimentaire et de la nutrition». De passage à Ndzuwani pour voir comment a été procédée la distribution par son organisation des cinq tonnes de semences de pomme de terre de contre-saison, le président de la Fédération nationale des agriculteurs comoriens et femmes agricultrices (Fnac-fa) a répondu aux questions d’Al-watwan. Soilih Mohamed est revenu sur la vaste thématique de l’agriculture et de la sécurité alimentaire.

Le thème national de la Journée alimentaire mondiale de cette année 2013 est «l’agriculture familiale: levier pour la sécurité alimentaire». Concrètement…

Les agricultures familiales montrent une grande facilité d’adaptation et d’innovation, mais sont confrontées aujourd’hui à de multiples enjeux sans avoir toujours les moyens d’y faire face, en matière de sécurité alimentaire, d’emploi et d’environnement. Elles ont besoin d’être défendues et promues. Les membres de la Fnac-fa y créent et gèrent librement les organisations dont ils ont besoin pour apporter une plus-value aux initiatives prises par chacun. Ne pas soutenir l’agriculture familiale est suicidaire, car il n’y a pas dans notre pays d’autres alternatives capables de fournir la richesse nécessaire à la lutte contre la pauvreté et le chômage.

Cette semence de contre-saison peut-elle aider à l’épanouissement de ce type d’agriculture?

Les semences de contre-saison nous permettent de lutter contre l’envahissement de notre marché par les produits venant d’ailleurs.
Selon le dernier rapport de la Banque mondiale, 75% des produits de première nécessité viennent de l’extérieur. Le contexte international semble favorable au soutien des agriculteurs des pays du sud, à en croire ce même rapport intitulé «l’agriculture au service du développement».
Mais nous attendons un signal fort de la part des institutions internationales, qu’elles passent aux actes en investissant dans le secteur agricole au sud. Nous attendons aussi du gouvernement qu’il protège notre agriculture face à la volatilité des prix via une meilleure protection tarifaire des produits alimentaires de base aux frontières. Nous avons besoin de cette protection pour nous développer. Etre un peu protectionniste n’est pas choquant.

Malgré toutes les difficultés que vous rencontrez sur le terrain votre détermination reste apparemment grande…

J’ai reçu de mon prédécesseur un exemple de détermination, de dignité, de rigueur et de maîtrise de soi qui ont beaucoup compté dans la haute idée que je me fais à propos du rôle du président de la Fnac-fa et des responsabilités qui lui incombent. Je sais que l’on n’accède pas à ce poste sans une volonté tenace constante d’y parvenir, ni l’intime conviction chevillée au corps du destin qui vous y conduit. L’héritage exigeant qu’il me revient aujourd’hui d’assumer dans un contexte politique, économique et social national si difficile m’exalte.

Dans vos discussions en aparté vous ne cessez de parlez en bien de votre collègue du Syndicat national des agriculteurs comoriens (Snac). La guéguerre est-elle finie?

Cette évocation d’un passé où deux syndicats jadis antagonistes ont réussi à s’entendre pour assurer ensemble une paix inédite aux Comores m’amène à souligner la nouvelle responsabilité qui nous incombe. En tant que responsables, nous devons sans cesse nous poser la question du sens et de l’avenir des paysans comoriens, frappés par la malédiction de la matière première. Je suis convaincu que notre union syndicale est une grande ambition légitime et nécessaire, un accomplissement pour la paix et la démocratie et c’est tout cela qui donne un sens à notre aventure commune.
Cette aventure ne doit, cependant, pas prendre l’allure d’une fuite en avant, sinon ce serait prendre le risque de défaire notre stratégie agricole. Une stratégie à laquelle nous avons tous, hommes et femmes de la Fnac-fa, consacré tant de volonté, d’intelligence et d’énergie depuis plus de quatre ans. Aujourd’hui, c’est déformer la vérité que de dire qu’il y a d’un côté ceux qui défendent la souveraineté alimentaire et de l’autre ceux qui la bradent. Alors de grâce renonçons aux anathèmes et aux simplifications et convenons enfin que nos organisations sont et resteront originales et spécifiques.

Que direz-vous de la santé économique des Comores?

Il y a un dicton qui dit qu’il n’est pas poli de soupçonner quand on est sûr de l’affaire. La lucidité la plus élémentaire oblige à reconnaître que l’insécurité alimentaire est devenue une triste réalité de plus en plus douloureuse dans notre pays. Le chômage compte en 2013 parmi les grands fléaux, particulièrement aux Comores, où plusieurs jeunes sont touchés. Le nombre de victimes bat des records: on parle de 65 % de nos jeunes qui sont inactifs. L’Etat se doit de réagir sauf à laisser se perpétuer une hécatombe, chaque année plus impressionnante ou la culture du chômage remplace peu à peu la culture du travail. Il est d’autant plus scandaleux que les moyens pour la faire diminuer existent. J’ai estimé qu’il est de ma responsabilité syndicale de donner le signal du changement, d’agir, de tenir fermement le cap. Le secteur agricole est pourvoyeur d’emplois.

Et donc vous n’êtes pas persuadés que le gouvernement soit capable de relever le défi de l’essor du secteur primaire?

Il est certain que le contexte que nous avons connu avec la précédente équipe du ministère de la Production ne nous permettait pas d’assurer pleinement le développement car en amont il n’y avait pas d’espace de liberté. Il n’y avait pas d’espace pour la libre-entreprise. Le producteur n’avait pas toute la sérénité intellectuelle, la sécurité politique. On ne pouvait pas agir pour produire; c’était l’ignorance institutionnellement organisée.

Propos recueillis par Sardou Moussa

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Published by Actu-Comores - dans ACTUALITÉ COMORIENNE
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