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28 octobre 2013 1 28 /10 /octobre /2013 21:37

 

 

Representant_de_l_Oms

Lancé à Mkazi le 10 octobre dernier par le président Ikililou Dhoinine, le traitement rapide de masse à Ngazidja contre le paludisme fait beaucoup parler. Malgré la réussite de la campagne à Ndzuwani et Mwali, certaines personnes à Ngazidja disent craindre les effets secondaires de l’Artequick et du Primaquine qui sont les deux médicaments utilisés dans ce traitement. Le représentant de l’Oms à Moroni, Yao Kassankogno, nous a reçus pour parler de cette campagne de masse.

L’Organisation mondiale de la santé aurait beaucoup hésité avant de soutenir la campagne démarrée à Mwali, Ndzuwani, puis dernièrement à Ngazidja. Pourquoi?

Le gouvernement a décidé de faire ce qui est communément appelé le traitement de masse; d’abord à Mwali, parce que la population de cette île est de petite taille. Le gouvernement voulait être sûr qu’il maîtrise bien les choses avant de le faire sur les autres îles. C’était avec les Chinois. On parle de «traitement de masse» quand toute la population d’une zone de l’île ou d’un pays est traitée. Ça veut dire qu’on demande à la population de prendre les médicaments qu’on soit malade ou pas parce que s’il faut faire des analyses pour savoir qui est malade et qui ne l’est pas, ça coute extrêmement cher; donc on le donne à tout le monde. Ainsi le parasite qui cause le paludisme est tué chez toutes les personnes qui prennent le médicament, et par conséquent, ce dernier disparait dans la zone traitée.
Je vous donne ces explications pour vous dire que dans le passé, dans les années 1950, cette stratégie a été utilisée dans certains pays, mais l’Oms s’est rendue compte que si la surveillance est défaillante après le traitement de masse, la maladie peut revenir. Voilà pourquoi l’Organisation mondiale de la santé, après cette expérience datant de cette période-là, ne veut pas recommander cette stratégie quel qu’en soit le pays et le médicament qu’on utilise.
Toutefois, cela n’empêche que si un pays insulaire souhaite la mettre en place et qu’il a les moyens en termes de personnes qualifiées et de ressources financières pour bien surveiller, il peut le faire s’il peut protéger sa population en garantissant la surveillance des frontières de son territoire pour éviter la ré-introduction du parasite. Cette surveillance doit se faire sur une longue durée.

Pourquoi l’Oms, qui s’est déclarée accompagner le processus aux Comores, n’a jamais pris le devant?

Si on vous dit qu’on ne recommande pas le traitement de masse et qu’on prend le devant c’est contradictoire. Mais quand le pays commence le traitement de masse, on ne peut plus se taire et ne pas vous aider. Donc, comme nous savons qu’il faut surveiller après le traitement, nous appuyons le gouvernement pour surveiller. Par exemple, vous avez parlé de Mwali, je m’y rendais tous les trois mois de 2008 à 2011 pour voir l’état des lieux de la surveillance et ce qu’il faut faire en conséquence. Nous aidons aussi le gouvernement à surveiller ce que nous appelons la résistance du parasite aux médicaments pour pouvoir détecter à temps les problèmes qui peuvent survenir.

Certaines personnes à Ngazidja doutent que les conséquences de ce médicament à long terme soient connues. Pouvez-vous les rassurer?

En fait, pour cette question il faut aussi voir avec le gouvernement, c’est lui qui a discuté avec les Chinois pour cette campagne. Maintenant, le médicament on le connait. C’est un traitement qui associe deux types de médicaments pour que ça soit plus efficace. Nous savons qu’il a des effets qui sont bons (tuent le parasite) mais comme tout médicament il a aussi des effets secondaires comme les vertiges, la diarrhée, parfois la fatigue ou encore la somnolence.
Pour les effets à long terme, l’Oms a appuyé le gouvernement à former du personnel de santé afin de mettre en place, depuis maintenant trois ans, un système dit de pharmacovigilance pour aider le gouvernement à surveiller l’effet des médicaments utilisés ici en Union des Comores y compris l’Artequick et la Primaquine. Ces agents sont appelés à détecter à temps certains signes et voir par conséquent si ces derniers ont un rapport avec les médicaments qui ont été pris pour pouvoir intervenir en conséquence. Maintenant, est-ce que ça fonctionne bien? Pas tout à fait comme je l’aurais souhaité. Certains personnels suivent les recommandations et signalent les effets en cas de besoin, d’autres ne le font pas et donc nous avons du travail à faire là-bas.

L’Artequick semble utiliser la même combinaison que le Co-artem, déjà encouragé par l’Oms. Pourquoi le projet Femse fait-il polémique?

Il faut aller demander à ceux qui disent que ça fait polémique, parce que si tel est le cas, moi je ne le sais pas. L’Oms n’a jamais dit de prendre le Co-artem en traitement de masse. C’est le traitement de masse lui-même que nous ne recommandons pas. Par ailleurs, l’Artequick qui est une combinaison comme l’est le Co-artem, n’est pas sur la liste des médicaments pré-qualifiés de l’Oms* mais cela ne veut pas dire que l’Artequick est mauvais. On peut avoir un très bon médicament mais si ses fabricants ne veulent pas qu’il soit sur cette liste, c’est leur choix. L’Aspirine, par exemple, ne figure pas dans cette liste et pourtant beaucoup de gens l’utilisent.

Des pays africains ont déjà utilisé cette molécule dans le passé. Quelle est la situation aujourd’hui?

Je ne connais pas de pays africains qui ont utilisé cette molécule. Je sais que les Chinois sont venus me voir il y a trois à quatre ans pour me dire que le Cambodge, qui a une importante population, a utilisé l’Artequick.

Le Kenya, le Nigéria, le Cambodge, le Viêtnam ou encore une partie de la Chine ont adopté ce médicament. Peut-on parler de confiance aveugle de ces pays vis-à-vis de l’Artequick ou est-ce qu’il est vraiment efficace?

En fait, tout médicament a quelques effets secondaires. On peut utiliser un médicament et constater après quelques années qu’il en possède des effets graves. C’est pour ça que nous formons des gens pour la pharmacovigilance. Puis après, si on constate que tel médicament a des effets plus graves que les bénéfices ce n’est pas la peine de continuer. Mais si c’est l’inverse, on peut décider de continuer à utiliser le médicament. Mais pour le moment, ces agents de santé que nous avons formés, il faut que les autorités sanitaires les suivent pour savoir s’il y aura quelque chose d’effet négatif. Au fait, c’est le gouvernement qui doit les suivre, l’Oms est là pour appuyer ce dernier.

Le projet Femse ne va-t-il pas permettre l’élimination du paludisme comme c’est le cas en Afrique du Nord et chez nos voisins Mauriciens?

Oui, si la surveillance est bien assurée, tout repose sur la surveillance. S’il surveille très bien, le paludisme ne va pas revenir. Mais si la surveillance n’est pas bien garantie, une personne revenant de Tanzanie, par exemple, peut le ramener sur l’île. Mais encore, une fois quand il n’y a pas de paludisme après deux ans, trois ans... les gens risquent d’oublier et baisser la garde et ça va revenir.

Après cette campagne, les Comores pourront-elles prétendre atteindre les Omd 4, 5 et 6?

L’élimination du paludisme va certes contribuer à atteindre les Omd 4, 5 et 6 mais il existe encore d’autres maladies qui tuent comme la diarrhée, les infections des poumons ou encore les anémies. Toutefois, l’argent qui aurait pu servir à lutter contre le paludisme pourra servir dans d’autres causes.

Propos recueilli par Abdallah Mzembaba

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Published by Actu-Comores - dans ACTUALITÉ COMORIENNE
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