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16 décembre 2013 1 16 /12 /décembre /2013 19:30

 

 

Cyrille_Ndayirukiye

A quelques semaines de la sélection de son successeur, Cyrille Ndayirukiye fait le bilan des quatre années passées à la tête du Mécanisme de coordination de la Force est-africaine en attente (Easfcom). Dans cet entretien exclusif, le général burundais revient sur les différentes étapes franchies par l’Easf et les perspectives pour cette organisation qui réunit le Burundi, les Comores, Djibouti, l’Ethiopie, le Kenya, l’Ouganda, le Rwanda, le Soudan, les Seychelles et la Somalie. «L’Easf est prête et attend seulement la décision politique pour intervenir», annonce le directeur de l’Easfcom qui va passer le relais en mars 2014 à un Comorien.

Vous êtes à la tête de l’Easfcom depuis mars 2010 et votre mandat arrive à son terme. Quels ont été les grands changements de cette période?

Mon passage à l’Easf va en effet prendre fin au début de l’année. Je vais alors passer le témoin à mon successeur qui sera, avec plaisir, un Comorien. D’ailleurs, je m’emploie à ce qu’il puisse trouver les conditions de travail et le contexte de développement de l’organisation aussi favorables que possibles. Je n’ai pas de doute, le candidat qui sera sélectionné par les Comores sera un très bon candidat.
Pour ce qui est de mon appréciation de l’organisation, on a un peu changé le nom d’Easbrig (brigade) à Easf (force).
En fait, la première composante était militaire. Est venue par la suite cette multidisciplinarité qui implique également les composantes police et civil. Ce que nous faisons aujourd’hui, c’est de faire en sorte que cette vision, imprimée par nos leaders lors de la mise en place de l’organisation, puisse éclore et voir le jour d’ici 2015. Nous voulons ainsi mener la barque à destination et faire de l’existence de la Force est-africaine en attente une réalité.

Quel bilan faites-vous de votre parcours à la tête du «secrétariat» de l’Easf basé au Kenya?

Personnellement, je suis satisfait! Je considère que nous avons fait beaucoup de progrès et d’avancées. Faire de l’Easf une organisation viable et crédible n’était pas une mince affaire. Il faut toujours dire que si on ne fait pas les choses dans les règles, tout s’arrête alors qu’on ne peut pas tolérer ou se permettre de s’arrêter! A l’Easf, il faut rester en alerte jours et nuits. C’est ainsi qu’on a fait que tout le programme annuel et la projection à court terme aient des rapports acceptables pour nos décideurs.
Il y a des indicateurs qui montrent qu’on est en train de progresser. Pour preuve, je prendrais les différents exercices qu’on a pu organiser, mais aussi sur le plan du management, la mise en oeuvre de l’organisation... On a mis à jour le mémorandum d’entente entre les Etats membres qui a été signé par nos chefs d’Etat et de gouvernement en janvier 2011. L’autre indicateur est comment l’Union africaine, qui est notre organisation leader, apprécie et interagit avec l’Easf. Sur tous ces aspects, on considère que l’Easf est sur la bonne route. Je souhaite que ceux qui vont prendre le relais puissent embrayer aussi sur ces quelques avancées.

Il y a eu de nombreuses ambitions telles la capacité opérationnelle rapide en 2015 de la Faa. Est-ce que l’Easf peut déjà prétendre être opérationnelle pour une éventuelle intervention africaine?

De mon point de vue, l’Easf est une organisation qui est prête au niveau de la préparation des capacités des ressources humaines, techniques, de planification et de projection. Ce qui reste c’est la décision politique de pouvoir utiliser la force. Si à n’importe quel moment nos leaders veulent utiliser l’Easf, il suffit de donner les instructions qu’il faut. Compte tenu du mandat qu’ils auront émis, nous, en tant que secrétariat, sommes prêts à mettre en oeuvre n’importe quel scénario.
Ce qui reste donc c’est le cadre politique pour pouvoir bouger l’organisation parce que la décision politique est suspendue à plusieurs facteurs. De part les exercices déjà conduits, nous sommes capables de planifier, projeter et mobiliser les ressources, bien que ces dernières ne soient jamais suffisantes.
Le plus ardant est de voir maintenant nos chefs d’Etat et de gouvernement commencer à penser à l’utilisation effective de cette force pour laquelle ils ont tant investi.

Est-ce que vous n’avez pas d’inquiétudes par rapport au système de rotation des cadres au sein de l’organisation?

Je ne vois aucun problème à cela parce que le système fait en sorte qu’il y ait une continuité. La vision et la mission de l’Easf ne dépendent pas des cadres qui se relayent au sein des différentes structures. Nous faisons en sorte qu’il y ait à chaque fois cette continuité et c’est d’ailleurs rare qu’il ait tous les cadres qui partent en même temps. Il n’y a pas de soucis après le départ du directeur ou d’un chef de département. En plus, au niveau de la participation des Etats membres aux différentes activités, tout le monde est toujours à jour de ce qui est en train de se passer. C’est pour cela que nos ministres [de la Défense], qui se rencontrent au moins deux fois par an, savent à la minute près ce qui se fait dans l’organisation.
Bien sûr, toute nouvelle équipe a besoin de temps pour s’acclimater et de se familiariser mais c’est pour cela qu’on fait que celui qui vient ne commence pas à zéro.

Quelles seront les nouvelles orientations de l’organisation?

Par rapport aux perspectives de l’Easf, il faut avoir une vue globale. L’Easf est une des cinq forces en attente du contient africain qui constitueront la Force africaine en attente: une projection d’environ 25.000 hommes (militaires, policiers et civils). Le sort de l’Easf est donc lié à celui des quatre autres même si chaque région doit faire pour que son organisation puisse offrir à l’Union africaine une force qui est mûre. Une force que l’on peut déployer, qui changera les situations conflictuelles et sur laquelle on peut compter.
Dans cette perspective, on a fait ce qu’on devait faire en termes de préparation au niveau de l’Easf. C’est une question de mandat politique. Je suis persuadé que la Force africaine en attente, pour laquelle les leaders du contient et l’Union africaine ont investi pendant dix ans, va bien exister en 2015. Il y aura l’année prochaine un test continental avec l’exercice Amani II qui va mettre en oeuvre la participation des forces des différentes régions. Après cet exercice, ce sera l’occasion de dire que tout le continent peut être mobilisé et se tester en tant que force continentale.

S’agissant de votre avenir, qu’est-ce qui vous attend après le passage de relais à l’Easf?

Mon sort n’est pas très compliqué car je suis un militaire retraité dans mon pays. Après mon départ, je vais prendre le temps de digérer ce que j’aurais fait à l’Easf puisque c’est un travail qui ne laisse aucun répit. Quand je suis arrivé à la direction de l’Easf, je pensais que j’avais toute l’expérience nécessaire pour pouvoir me consacrer sans difficulté à ma tâche. Mais avec le temps, j’ai constaté qu’il fallait encore beaucoup apprendre dans cet environnement international et multidimensionnel. Tout cela demande beaucoup d’énergie et de subtilité...

Propos recueillis par
Irchad O. Djoubeire

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Published by Actu-Comores - dans ACTUALITÉ COMORIENNE
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